logique

    LOGIQUE n. f. a été emprunté (v. 1245) au latin logica « science des lois du raisonnement », lui-même emprunté au grec logikê (sous entendu tekhnê), substantivation du féminin de l'adjectif logikos « qui concerne la raison » également « qui concerne la parole ». Logos, forme de type ancien et de très grande importance, signifie « propos, paroles » et, en ionien-attique, « récit, compte, explication, considération, raisonnement, raison » ainsi que « parole ». Il a fini par désigner la raison immanente et, dans la théologie catholique, la seconde personne de la Trinité, ou Dieu. Il est dérivé de legein « rassembler, cueillir, choisir » d'où « dire » et « compter, dénombrer » qui correspond au latin legere, de la même racine indoeuropéenne, et qui a donné le verbe lire.     ❏  Logique, « science des lois du raisonnement », est employé par métonymie à propos d'un traité de cette discipline (1290) et s'applique également à l'analyse philosophique des lois et formes de la pensée.     Dans ce contexte, le mot est longtemps resté dépendant de la pensée aristotélicienne. Les premiers emplois en français, à l'image du latin logica et du grec logikê, concernent surtout cette théorie, axée sur l'analyse syllogistique, notamment dans le cadre de l'enseignement (XIIIe-XVIe s.). Les sources en sont les éléments connus d'Aristote, Galenus, Boèce, alors que la logique stoïcienne, transmise notamment par saint Augustin, connaît une faveur moins grande. Cependant, la logique médiévale, qui, en France, s'exprime en latin, d'Abélard à Buridan, intègre les deux problématiques, et manifeste nettement la proximité, voire l'amalgame de la logique grecque avec une sémantique. Kant considère encore que la logique, « système de la raison pure », n'est plus capable de progrès après Aristote.  ◆  Cependant, la notion de logique avait évolué à partir de la science moderne et du développement des mathématiques (XVIIe s.). Après La Logique ou l'art de penser de Arnauld et Nicole (dite Logique de Port-Royal), c'est essentiellement l'œuvre de Leibniz (en partie écrite en français) et celle de Lambert (en allemand) qui préparent le développement d'une nouvelle logique. Celle-ci, nommée logique mathématique, parfois et vaguement logique moderne, ou encore logique formelle, dépend des travaux de Boole (inventeur de la logique binaire), Frege, puis, au tournant du XXe s., de Russell et Whitehead. Cette logique a été récemment (v. 1970) rebaptisée logique classique, par opposition à des formes plus récentes ou dont l'objet est plus large (logiques d'ordre supérieur), mais logique classique, ambigu, s'emploie plus souvent en comparaison avec logiques modernes. Tous ces syntagmes, comme logique des propositions, logique propositionnelle, logique des prédicats, ne sont attestés qu'au XXe s. et sont didactiques.  ◆  Depuis le début du XVIIIe s. (1718), le mot est employé avec le sens plus large de « manière de raisonner », en général « manière correcte », mais sans conformité nécessaire avec les règles de la logique formelle.  ◆  Logique a aussi pris (1762) la valeur d'« enchaînement cohérent d'idées » et de « raisonnement juste ». Depuis la même époque, le mot concerne aussi, par métonymie, une suite cohérente et régulière d'actes, d'événements. Récemment, cet emploi s'est répandu et généralisé pour désigner un type de régularité, d'enchaînement de faits attribué à certaines situations (la logique de la crise, de la paix, une logique de crise, etc.).     ■  L'emploi technique du mot s'est naturellement intégré au vocabulaire de l'informatique, pour une suite d'opérations destinées à obtenir un résultat, d'où logiciel (ci-dessous).     L'adjectif LOGIQUE est emprunté (1536) au latin logicus « logique, raisonnable », lui-même repris à l'adjectif grec logikos « qui concerne le raisonnement ».     ■  Il est apparu avec le sens courant de « conforme au bon sens » (d'une chose, d'un être), développant tardivement (1821) la valeur didactique de « relatif à la science de la logique », puis de « conforme aux règles de la logique » (1833), d'où familièrement « cohérent, prévisible » et même « normal ».  ◆  La philosophie l'utilise au sens de « qui se rapporte à la raison » (1867), comblant ainsi l'absence d'un adjectif correspondant à entendement.  ◆  Plus largement, logique qualifie ce qui se rapporte non seulement à l'entendement mais à l'intelligence (intelligent étant ambigu). Il est employé en grammaire dans analyse logique (1867) ; au XXe s., il est entré dans le vocabulaire de l'informatique (circuits logiques).     ■  En est dérivé LOGIQUEMENT adv. (1769), souvent employé à l'oral en tête de phrase au sens vague de « normalement, en principe » (av. 1854).     Par préfixation, l'adjectif a servi à former trois antonymes : ALOGIQUE adj., apparu le premier au sens de « déraisonnable » (1564), sorti d'usage au XVIIe, a été repris au XIXe s. en philosophie, probablement pour rendre l'allemand alogisch « étranger aux déterminations de la logique ».  ◆  Les deux autres sont apparus au XIXe s. : ANTILOGIQUE adj. chez Stendhal (1836), et ILLOGIQUE adj. (v. 1819), le seul à être entré dans l'usage général et qui correspond à logique au sens courant.  ◆  Ce dernier entraîne la formation de ILLOGIQUEMENT adv. (1842), et du terme didactique ILLOGISME n. m. (1852, Proudhon) « manque de logique (d'une chose ou d'une personne) ».     ■  PRÉLOGIQUE adj. s'applique chez Lévy-Bruhl (1910) à la mentalité supposée des sociétés dites primitives, caractérisée par le fait qu'elle admet la contradiction. En psychologie génétique (mil. XXe s.) le stade prélogique est celui où l'enfant est indifférent aux règles logiques, notamment à l'idée de causalité.     ■  D'après l'adjectif latin logicus, on a formé LOGICIEN, IENNE n. et adj. (1245) « personne versée dans l'étude de la logique » et, par extension, « personne qui raisonne avec rigueur » (1718 ; 1721 adj.).     ■  L'élément LOGICO- entre dans la formation de composés didactiques récents : LOGICO-MATHÉMATIQUE adj. (v. 1960), LOGICO-POSITIVISME n. m. et LOGICO-SÉMANTIQUE adj. (v. 1970).

См. также в других словарях:

  • logique — * * * 1. logique [ lɔʒik ] n. f. • XIIIe; lat. logica, gr. logikê, de logos « raison » I ♦ 1 ♦ Science ayant pour objet l étude, surtout formelle, des normes de la vérité; « analyse formelle de la connaissance » (Piaget). Logique formelle,… …   Encyclopédie Universelle

  • Logique — Pour les articles homonymes, voir Logique (homonymie). Gregor Reisch« La logique présente ses thèmes centraux », Margarita Philosophica, 1503/08 …   Wikipédia en Français

  • logique — (lo ji k ) s. f. 1°   Science qui a pour objet les procédés du raisonnement. Les règles de la logique. •   Aristote... s étant le premier avisé de séparer de toute matière les préceptes de la logique, d où vient qu il ne s est servi que de… …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • LOGIQUE — s. f. Science qui enseigne à raisonner juste. Les règles de la logique. La logique sert à toutes les autres sciences. Traité de logique.   Il se dit aussi d Un ouvrage sur l art de raisonner. La Logique de Port Royal. La Logique de Condillac.  … …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • LOGIQUE — n. f. étude des procédés de raisonnement, science qui enseigne à raisonner juste. Les règles de la logique. Traité de logique. Il se dit aussi d’un Ouvrage sur cette science. La Logique de Port Royal. La Logique de Condillac. Il signifie, par… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • -logique — * * * logie, logique, logue ♦ Éléments, du gr. logia « théorie », de logos « discours ». Le suffixe logie sert à désigner des sciences, des études méthodiques (géologie, psychologie, technologie), des façons de parler, des figures de rhétorique… …   Encyclopédie Universelle

  • logique — ● adj. ►LOGIQUE ● 1. Conforme aux règles de la logique (qui est la science du raisonnement). Voir aussi l une de ses cousines, la logique floue. ● 2. Qui n a pas d existence réelle. Dans ce sens, le terme est synonyme de virtuel, sauf qu une… …   Dictionnaire d'informatique francophone

  • logique — См. lògico …   Пятиязычный словарь лингвистических терминов

  • LOGIQUE (HISTOIRE DE LA) — Ce n’est qu’à une époque relativement récente qu’on a vraiment commencé à s’intéresser à l’histoire de la logique. Jusqu’au milieu du XIXe siècle régnait en effet l’idée que la logique n’avait pas d’histoire, étant, pour l’essentiel, sortie… …   Encyclopédie Universelle

  • Logique formelle — Logique Gregor Reisch, « La logique présente ses thèmes centraux », Margarita Philosophica, 1503/08 (?). Les deux chiens veritas et falsitas courent derrière le lièvre problema, la logique se presse armée de son épée syllogismus. En bas …   Wikipédia en Français

  • Logique générale — Logique Gregor Reisch, « La logique présente ses thèmes centraux », Margarita Philosophica, 1503/08 (?). Les deux chiens veritas et falsitas courent derrière le lièvre problema, la logique se presse armée de son épée syllogismus. En bas …   Wikipédia en Français

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