ramasser

    RAMASSER v. tr., où le préfixe re- a une valeur plus intensive qu'itérative (comme dans rassembler), est attesté initialement au sens de « rassembler (des troupes, des gens) » (v. 1213) dans un contexte militaire. Cette acception a disparu ; il en reste une trace lointaine dans l'acception familière « appréhender (un coupable) » (1785), également se faire ramasser « se faire arrêter » (1867).  ◆  Avec un complément au pluriel désignant des objets, le mot exprime le fait de « rassembler (ce qui est dispersé) », par exemple les éléments d'une œuvre littéraire (fin XIIIe s.) et, concrètement, des amendes (1535 en finances), des éléments convergeant vers un point central (1656, se ramasser).     ■  Lorsque s'y mêle l'idée accessoire de « recueillir des choses dispersées à terre » (1549), le verbe devient synonyme de « collecter, récolter » (1574), mais tolère aussi un nom au singulier (1559, ramasser un anneau), perdant alors son lien étymologique à la masse ou à l'amas.  ◆  L'accent mis sur un mouvement de haut en bas et de bas en haut a suscité dans l'usage classique le sens pronominal « se relever après être tombé » (1640, ramasse-toi étant donné comme l'équivalent vulgaire de relève-toi) ; l'une des étapes s'est perdue, le mot signifiant de nos jours simplement « tomber » dans l'usage familier (1895 dans ramasser une bûche ; 1920 au pronominal, se ramasser).  ◆  Quand le complément désigne un être animé, ramasser indique l'idée de « faire monter avec soi » dans un carrosse (1694), de nos jours « prendre dans un véhicule », familier, et au figuré avec une connotation de désinvolture (1835, où avez-vous ramassé cet homme-là ?). Se faire ramasser, en argot (1834), s'est dit pour « se faire arrêter ». Se ramasser qqch. (mil. XXe s.) correspond à « recevoir (un coup), subir (une chose pénible) ».  ◆  RAMASSE n. f., déverbal, s'emploie dans à la ramasse, « à la traîne », d'abord dans l'argot des skieurs, et il est passé (début XXIe s.) dans l'usage familier pour « en retard ; dépassé », au figuré.     ■  Un verbe argotique a été tiré de ramasser, avec une finale influencée par mastic (peut-être par astiquer), RAMASTIQUER, « ramasser » (1835), et « escroquer quelqu'un en lui vendant cher un objet sans valeur, ramassé par terre » (Vidocq, 1829), opération dite et écrite ramastic n. m. ou ramastique n. f. (1835 ; 1844).     ■  Le lien étymologique est réalisé de manière plus nette dans l'emploi du participe passé adjectivé RAMASSÉ, ÉE « massif, en largeur et en épaisseur » (1580 ; dès 1536 au figuré) et dans celui du verbe : au pronominal, se ramasser, qui signifie « se pelotonner sur soi-même » (1607, quelquefois au figuré, 1655). Ramasser se rapporte parfois à une activité technique (1723, ramasser l'émail).  ◆  Au propre et au figuré, il réalise l'idée de « concentrer » (1572), par exemple dans ramasser ses forces (av. 1704, Bossuet) et, dès le XVIe s., par une extension logique de la concentration à la réduction, l'idée de « contenir en résumé » (1675 ; av. 1704, ramasser [sa pensée] en peu de mots).     ■  Les dérivés de ramasser sont apparus à partir du XVIe s. : RAMASSEUR, EUSE n. (1509) se rapporte à la personne qui fait profession de ramasser qqch., autrefois absolument à propos du chiffonnier, de nos jours de diverses activités (1845, ramasseur de cailloux ; 1879, ramasseur de chiffons ; 1908, ramasseur de mégots). Il s'applique également à celui qui collecte, d'abord des impôts (1583-1590) puis des marchandises (laitier ramasseur, 1895 ; ramasseur de porcs, 1941). La fonction de recueillir étant assumée par des machines, le mot désigne aussi un appareil (1927, ramasseur d'huile ; 1933, ramasseur à fourrage).     ■  Le déverbal régressif RAMAS n. m. (1538) a disparu en tant que substantif d'action, sauf en parlant du ramassage non autorisé des feuilles mortes (1869) ; il a également vieilli au profit d'autres dérivés avec son sens concret d'« assemblage d'éléments divers » (1544 en parlant d'une compilation littéraire ; 1651 avec une nuance péjorative, ramas de sottises).     ■  RAMASSEMENT n. m., apparu au XVIe s. (1558) à propos d'un amalgame de langues, est peu employé avec sa valeur active (1636) et plutôt réservé à la description d'une position ramassée (1877), spécialement dans les sports de lutte.     ■  RAMASSIS n. m. (1674) a supplanté ramas (ci-dessus) dans sa valeur péjorative de « rassemblement disparate » appliquée à des personnes, à des choses (1690, à propos du petit bois restant dans les forêts), à des propos sans valeur (1706, d'une œuvre littéraire).     ■  RAMASSOIRE n. f. est un nom d'outil recueilli dans l'Encyclopédie (1765) comme terme de marbreur de papier.     ■  RAMASSAGE n. m. est venu tardivement (1797) fournir un substantif d'action d'usage technique, puis courant, concernant les choses, puis les personnes (1936, ramassage des élèves par automobile), d'où ramassage scolaire, car de ramassage.     ■  RAMASSETTE n. f. (1842) est un terme agricole pour le clayonnage adapté à la faux, d'après sa fonction : réunir en javelles les tiges de blé coupées ; il est employé en wallon au sens de « pelle à poussière » (1942).     ■  Enfin, l'élément verbal RAMASSE- se trouve à partir du XIXe s. dans la construction de substantifs masculins désignant divers ustensiles : RAMASSE-MIETTES n. m. (1876) est courant ; RAMASSE-MONNAIE n. m. (1904) est très rare ; RAMASSE-POUSSIÈRE n. m. « pelle à poussière » est régional (nord de la France, 1912), en concurrence avec ramassette.     ❏ voir MASTOC, (MASS) MEDIA.      L  2 MASSE n. f. est issu (v. 1135) du latin populaire °mattea (italien mazza, espagnol maza), probablement tiré du latin mateola « bâton, manche de la houe », terme technique rare rapproché du sanskrit matyám « herse », du vieux slave motyka « houe ». Il se peut également qu'il soit apparenté à mattiobarbulus « sorte de javelot » et à mattiarius « soldat armé de ce javelot » qui supposent un °mattia non attesté séparément et rapproché hypothétiquement par Ernout-Meillet de mataris « javeline gauloise », mot celtique. La fréquence très supérieure de 1 masse fait que le mot est senti comme un emploi spécial de son homonyme.     ❏  Masse désigne à l'origine une arme formée d'un manche et d'une boule métallique à pointes de fer utilisée avant les armes à feu dans mace de fer (1135) puis masse d'armes (1498). Il est entré dans sergent à masse (1306, serjant a mace) « huissier qui porte un bâton d'or, d'argent dans certaines cérémonies », ne désignant plus une arme mais un bâton de cérémonie. Depuis 1508, il désigne aussi, couramment, un gros maillet de bois, de métal. Il a donné coup de masse, pris figurément (1935) comme synonyme de coup de massue « addition trop élevée ».     ■  Depuis le moyen français (1323), le mot désigne un bâton à tête de métal précieux porté par des huissiers dans un cortège solennel.  ◆  Il a alors pour dérivé MASSIER n. m.     Au XVIIIe s. (1721), masse s'applique au gros bout d'une queue de billard.  ◆  De là MASSÉ n. m. (1867) « coup où l'on “masse” la bille » et 3 MASSER v. tr. (1830) « frapper la bille verticalement, la faisant ainsi tourner sur elle-même ».     ❏  MASSETTE n. f., d'abord macete (1266), désigne une petite masse que l'on peut manier d'une main, arme de tournoi, puis (1802) un outil de mineur, de casseur de pierres (1877).     ❏ voir MACHETTE, MASSACRER, MASSUE, MATZE.

См. также в других словарях:

  • ramasser — * * * ramasser [ ramase ] v. tr. <conjug. : 1> • fin XVe; h. 1213 « rassembler (troupes, gens) »; de re et amasser I ♦ 1 ♦ Resserrer en une masse. Ramasser ses cheveux en chignon. « Elle ramassa ses jupes, courut dans l averse » (Zola). Par …   Encyclopédie Universelle

  • ramasser — 1. (ra mâ sé) v. a. 1°   Amasser en y mettant soin et peine (seule nuance que mette la particule re entre amasser et ramasser). Ramasser du bois. Ramasser les épis. •   Et que plus je parcours Paris, plus il me semble Que l on a ramassé trente… …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • RAMASSER — v. a. Faire un amas, un assemblage, une collection de plusieurs choses. Il a ramassé tout ce qui lui était dû en plusieurs endroits, et il a fait une grosse somme. Il s applique à ramasser tout ce que les anciens ont dit de plus curieux sur cette …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • RAMASSER — v. tr. Faire un amas, un assemblage, une collection de choses. Il a ramassé tout ce qui lui était dû en plusieurs endroits, et il a fait une somme importante. Il s’applique à ramasser tout ce que les anciens ont dit de plus curieux sur cette… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • ramasser — v.t. Ramasser une pelle, un gadin, etc., tomber. □ se ramasser v.pr. Tomber (au pr. et au fig.). Subir un échec en scène ; faire un bide …   Dictionnaire du Français argotique et populaire

  • Ramasser ses forces — * * * ● Ramasser ses forces rassembler toute son énergie pour fournir un ultime effort …   Encyclopédie Universelle

  • Ramasser une pelle, une bûche, un gadin, une gamelle — * * * ● Ramasser une pelle, une bûche, un gadin, une gamelle tomber, faire une chute …   Encyclopédie Universelle

  • Ramasser, prendre une gamelle — * * * ● Ramasser, prendre une gamelle tomber, faire une chute ; essuyer un échec …   Encyclopédie Universelle

  • Ramasser, prendre une pelle — * * * ● Ramasser, prendre une pelle tomber ; essuyer un échec …   Encyclopédie Universelle

  • Ramasser, prendre une veste — * * * ● Ramasser, prendre une veste subir un échec …   Encyclopédie Universelle

  • se ramasser — * * * ● se ramasser verbe pronominal être ramassé verbe passif Se replier sur soi en bandant ses muscles : Chat qui se ramasse pour bondir. ● se ramasser verbe pronominal Familier Se relever après être tombé. Faire une chute : Se ramasser en… …   Encyclopédie Universelle

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